Kuby : « L’Heure bleue, c’est l’interrogation entre aller vers le mieux ou retourner dans la pénombre »
De retour en Nouvelle-Calédonie à l’occasion des Francofolies, Kuby présentera son nouvel album, Heure bleue. Un projet plus lumineux, né de ses retrouvailles artistiques avec le beatmaker BlasT. Pour MAG A NOUS, le rappeur se confie sur cette collaboration, son besoin de créer sous différentes formes et la surprise imaginée pour le public calédonien.

Lorsqu’on lui demande de se présenter, Kuby donne immédiatement le ton : « Je suis le rappeur du groupe et celui qui fout un peu la zone. » Derrière l’humour se dévoile pourtant un artiste introspectif, dont la musique explore depuis plusieurs années les zones d’ombre, les émotions et les contradictions.
Avec Heure bleue, son nouvel album composé de treize titres, Kuby ouvre un nouveau chapitre de son parcours.
Entre l’ombre et la lumière
Le titre fait référence à cet instant particulier où le soleil n’est pas encore visible, mais où sa lumière commence déjà à colorer le ciel. Un moment suspendu qui se produit deux fois par jour, au lever comme au coucher du soleil.
Une image qui résonne avec le cheminement personnel de l’artiste.
« J’avais fait un album il y a trois ans qui s’appelait Pénombre. C’était un projet beaucoup plus sombre, créé pendant une période assez dépressive. J’avais envie de faire quelque chose de plus lumineux. »
Mais cette heure bleue conserve volontairement une part d’incertitude : annonce-t-elle l’arrivée du jour ou le retour de la nuit ?
« C’est l’interrogation : est-ce un lever de soleil pour aller vers du mieux ou un coucher de soleil pour retourner dans la pénombre ? Je ne sais pas, on verra dans le futur. »
« 50.13 », une collaboration au long cours
Heure bleue marque également les retrouvailles de Kuby avec BlasT, un beatmaker originaire de Cherbourg avec lequel il collabore depuis une dizaine d’années.
Leur duo artistique porte un nom : « 50.13 ». Le nombre 50 fait référence au département de la Manche, tandis que le 13 représente les Bouches-du-Rhône. Deux territoires éloignés géographiquement, mais réunis par la musique.
Leur premier projet commun, La France en diagonale, les avait conduits à se produire notamment à Cherbourg, Marseille et Toulon. Après plusieurs années sans construire un projet complet ensemble, les deux artistes ont souhaité retrouver cette identité qui leur est propre.
« Il y a une forme d’osmose qui s’est créée dès le départ. Les gens nous disent souvent que mes textes vont très bien avec ses productions, et inversement. »
Pour ce nouvel album, rien n’a été laissé au hasard : les couleurs musicales, les mélodies, les rythmiques, mais aussi les extraits de films et les touches d’humour qui ponctuent certains morceaux.
Une identité musicale construite à deux
Cette rencontre avec BlasT a profondément transformé la manière de travailler de Kuby. À ses débuts, le rappeur écrivait principalement sur des instrumentales déjà existantes, trouvées sur Internet. Avec un beatmaker capable de composer directement pour lui, de nouvelles possibilités se sont ouvertes.
Une boucle peut être modifiée, une rythmique accélérée ou ralentie, une mélodie ajoutée : la musique et les textes se construisent désormais ensemble.
« Cette collaboration a donné une autre dimension à ma musique. Je pense qu’elle m’a apporté une véritable direction artistique. »
La distance n’a jamais constitué un obstacle. Les deux artistes peuvent rester plusieurs mois, voire plusieurs années, sans échanger, avant qu’une simple production ne relance immédiatement leur processus créatif. Pour Heure bleue, cette complicité leur a permis d’enregistrer les treize morceaux en seulement trois jours dans un studio marseillais.
Rappeur, graffeur et tatoueur
La musique n’est toutefois qu’une facette de l’univers de Kuby. Également graffeur et tatoueur, l’artiste refuse de choisir une seule manière de s’exprimer.
« Je ne pense pas qu’il y ait de barrières entre les arts. La créativité est partout. »
Certains messages trouvent leur place dans un texte, d’autres sur un mur ou sur la peau. Cette liberté lui permet de passer d’une discipline à l’autre selon ses envies et son inspiration.
« J’ai besoin de cela pour m’exprimer, aller au fond des choses et mieux me connaître. En tant qu’artiste, c’est aussi une façon de mieux représenter et peut-être de mieux supporter le monde qui nous entoure. »
Une surprise réservée au public calédonien
Pour son passage aux Francofolies de Nouvelle-Calédonie, Kuby ne compte pas proposer un concert ordinaire. Avec son équipe, il a imaginé un spectacle spécialement conçu pour le public du territoire.
« On prépare une grosse surprise aux Calédoniens. On s’est vraiment creusé la tête pour présenter quelque chose d’original. Même nous, qui sommes de fervents auditeurs de hip-hop, nous n’avons encore jamais vu ce que nous allons créer. »
Le rappeur invite donc le public à arriver tôt pour ne rien manquer de cette création inédite. Une promesse qui devrait prendre tout son sens au moment où le jour laissera, justement, place à l’heure bleue.
Kuby sera sur scène le samedi 12 septembre, dans le cadre des Francofolies de Nouvelle-Calédonie. Programmation officielle des Francofolies.
Interview réalisée par Soizic LECORNU Merci à Kuby et à toute son équipe pour leur disponibilité, leur bonne humeur et ce moment de partage.

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