LA CULTURE DU BANANIER
Dans les coulisses de notre « herbe géante »
Derrière chaque régime de bananes que nous retrouvons sur les étals des marchés se cache un véritable savoir-faire. Pour mieux comprendre cette culture emblématique de la Nouvelle-Calédonie, MAG A NOUS est allé à la rencontre d'Alexandre Hermel, étudiant au Centre de Formation des Apprentis (CFA). Passionné d'agriculture et formé sur le terrain, il nous fait découvrir les différentes étapes de la culture du bananier, de la plantation jusqu'à la récolte.

« Le premier secret, c'est que le bananier n'est pas un arbre ! »
Sous le soleil de la plantation, [Prénom] nous accueille avec un sourire. Avant même de parler des fruits, il tient à casser une idée reçue.
« Beaucoup pensent que le bananier est un arbre, mais en réalité c'est une herbe géante. Son "tronc" n'en est pas un : c'est un pseudo-tronc constitué uniquement de feuilles enroulées les unes autour des autres. »
Les variétés cultivées en Nouvelle-Calédonie atteignent généralement 4 mètres de hauteur, tandis que certaines espèces géantes peuvent dépasser 8 mètres.
Autre particularité étonnante : un bananier ne produit qu'un seul régime au cours de sa vie.
« Une fois le régime récolté, cette plante ne produira plus jamais de fruits. Heureusement, plusieurs jeunes pousses apparaissent naturellement à son pied pour prendre le relais. »
Le régime, lui, peut facilement dépasser 30 kg et demandera encore au moins quatre mois pour arriver à maturité.
Tout commence avec un rejet
Contrairement à beaucoup de cultures, le bananier ne se plante pas à partir de graines.
« Nous choisissons ce qu'on appelle un rejet, une jeune pousse qui grandit au pied du plant mère. Pour obtenir une belle plantation, il faut sélectionner un plant déjà bien développé, avec un pseudo-tronc foncé d'environ 1,50 mètre et 6 à 7 feuilles bien arrondies. »
Le prélèvement demande beaucoup de précaution.
« On creuse profondément tout autour avec une barre à mine afin de ne pas blesser la plante mère. Ensuite, on détache le rejet d'un coup franc. Dès qu'il est sorti, on coupe les feuilles de moitié. Cela réduit l'évapotranspiration et aide le plant à supporter le stress du transport jusqu'à sa nouvelle parcelle. »
Pendant toute cette étape, le jeune plant est conservé à l'ombre afin d'éviter qu'il ne se dessèche.
Un terrain préparé avec soin
Le bananier est une plante exigeante.
« Il apprécie une terre riche, humide mais bien drainée. Il faut aussi éviter les zones trop exposées aux alizés, qui peuvent rapidement déchirer les feuilles. »
Chaque plant bénéficie d'un trou de plantation de 50 cm de profondeur sur 50 cm de diamètre.
« Au fond, nous déposons une bonne quantité de fumier de poule ou un engrais de fond. Nous remettons ensuite un peu de terre afin de conserver environ 30 cm de profondeur pour accueillir le rejet. »
Avant la plantation, les racines sont raccourcies à 10 centimètres.
« Cela favorise la naissance de nouvelles racines et évite que les anciennes ne pourrissent. »
Une fois le plant installé, la terre est tassée progressivement.
« Nous gardons une cuvette autour du pied afin de retenir l'eau. Les premiers mois, un arrosage abondant une à deux fois par semaine est indispensable. »
Le conseil de l'apprenti

« Les feuilles que nous coupons ne sont jamais perdues. Nous les déposons directement au pied du bananier. Elles forment un excellent paillage qui conserve l'humidité, nourrit le sol et favorise la vie microbienne. Après la plantation, nous ajoutons également un mélange de paille et de fumier de poule dans la cuvette. »
Six mois de surveillance quotidienne
La plantation demande ensuite une attention permanente.
« Pendant environ six mois, le travail est quotidien. Le bananier attire facilement les ravageurs et les maladies fongiques. Nous supprimons régulièrement les feuilles abîmées afin de maintenir la plante en bonne santé. »
Une autre opération est essentielle : l'œilletonnage.
« Le bananier produit beaucoup de rejets. Si on les laisse tous pousser, ils se font concurrence. Nous n'en conservons qu'un ou deux par génération afin que toute l'énergie de la plante soit consacrée au futur régime. »
Quand apparaît la « popinée »

Après environ six mois, une spectaculaire fleur violette fait son apparition.
« Ici, on l'appelle souvent la popinée. Lorsqu'elle commence à descendre vers le sol, cela signifie que le régime est en train de se former. »
Le futur régime devient rapidement très lourd.
« Nous installons alors un solide tuteur en bois ou en bambou pour soutenir le bananier. »
Lorsque toutes les mains de bananes sont formées, la partie terminale de la fleur est supprimée.
« Dans les exploitations professionnelles, le régime est ensuite recouvert d'une gaine plastique. Elle crée un effet de serre qui accélère le développement des fruits tout en les protégeant des oiseaux et des roussettes. »
Le jour de la récolte
Quelques mois plus tard arrive enfin la récolte.
« Le régime est prêt lorsque les bananes perdent leurs arêtes pour devenir bien rondes. Leur couleur devient également plus claire. Plus on attend, plus elles gagnent en sucre… mais il ne faut pas laisser les roussettes en profiter avant nous ! »
La technique de récolte est impressionnante.
« Avec un sabre bien affûté, nous réalisons une entaille en forme de V dans le pseudo-tronc. Sous son propre poids, le bananier se couche doucement et amène le régime à hauteur d'homme. Il ne reste plus qu'à couper la tige. »
Un dernier conseil accompagne le geste.
« Mieux vaut porter un vieux tee-shirt ! La sève du bananier est très collante et tache définitivement les vêtements. »
Le voyage continue
La récolte ne marque pas la fin du travail.
Les régimes sont découpés en « mains », lavés pour éliminer la sève puis rangés en cageots.
Ils séjournent ensuite quelques jours dans une pièce à température contrôlée afin d'harmoniser leur mûrissement et d'obtenir cette belle couleur jaune que les consommateurs apprécient.
Rien ne se perd
Une fois le régime récolté, le pseudo-tronc est coupé.

« Nous le laissons directement au pied des jeunes plants. En se décomposant naturellement, il restitue au sol tous les éléments nutritifs nécessaires à la prochaine génération. C'est un cycle qui se renouvelle en permanence. »
En quittant la plantation, une chose est certaine : derrière une simple banane se cache un métier exigeant, une véritable technicité et une passion qu'Alexandre Hermel partage avec enthousiasme. Une belle rencontre qui rappelle que l'agriculture calédonienne repose avant tout sur des femmes et des hommes engagés, et sur un savoir-faire qui mérite d'être transmis.
Une astuce simple mais efficace
Pour éviter que les différentes mains de bananes ne se frottent entre elles pendant leur croissance, de petits morceaux de carton sont glissés entre chaque étage du régime.
« Cela limite les frottements et permet d'obtenir des fruits beaucoup plus beaux. »

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