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Utop-IA : quand l’imaginaire calédonien dialogue avec l’intelligence artificielle

il y a 12 minutes
5 min de lecture

Créé en Nouvelle-Calédonie par Hervé Besson, alias Morbius, Utop-IA est un laboratoire créatif dans lequel un auteur dialogue avec plusieurs intelligences artificielles pour imaginer des récits, des personnages et des univers. Derrière ce projet foisonnant se dessine surtout le parcours d’un passionné de science-fiction qui explore, depuis quarante ans, de nouvelles façons de raconter des histoires.


utop ia

Avec plus de 1 300 publications, sept séries et une quarantaine de rubriques, Utop-IA ressemble à une immense bibliothèque numérique dont les rayonnages continueraient de s’étendre. On y croise des vaisseaux disparus, des mondes suspendus, des civilisations oubliées, des objets volontairement absurdes, mais aussi des histoires plus intimistes autour de la mémoire, de la solitude ou de la transmission.

 

À l’origine de ce projet lancé le 14 juin 2025, il y a Hervé Besson, plus connu sous le pseudonyme de Morbius. Né en Nouvelle-Calédonie en 1966, il cultive depuis l’enfance une passion pour la science-fiction, le fantastique et les mondes imaginaires.

Dans les années 1980, bien avant Internet et les outils de création numérique, il fabrique déjà son propre fanzine, CosmoFiction. En 1986, il fonde le Sci-Fi Club de Nouvelle-Calédonie en compagnie d'une bande de copains, qui organisera notamment les 24 Heures du Fantastique, des concours littéraires et différentes publications.


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Hervé Besson lors de la week-en geek

 

L’aventure se poursuit ensuite en ligne. En 2009, Hervé Besson lance Les Échos d’Altaïr, un espace consacré à la science-fiction, à la fantasy, au cinéma, aux séries, à la bande dessinée et aux jeux. CosmoFiction renaît à son tour sous la forme d’un blog en 2014, avant que d’autres projets viennent compléter cet univers.

 

Les outils ont changé, mais l’envie est restée la même : partager une passion et faire découvrir des histoires.

 

Un récit à l’origine du projet

 

La naissance d’Utop-IA trouve son origine dans une expérience menée avec ChatGPT. Hervé Besson lui soumet alors l’idée d’un homme isolé sur une planète désertique, accompagné d’un robot devenu son unique présence réconfortante. Il lui propose également d’imaginer une quatrième loi de la robotique, dans le prolongement des célèbres lois formulées par l’écrivain Isaac Asimov.

 

De cette conversation naît Le Pèlerin de la Mémoire. La force émotionnelle du récit surprend son initiateur et modifie son regard sur les possibilités offertes par l’intelligence artificielle. Celle-ci ne lui apparaît plus seulement comme un outil permettant d’illustrer ou de retravailler d’anciens textes. Elle pourrait aussi donner corps à des idées restées jusque-là à l’état d’ébauches.

 

Quelques mois plus tard, Utop-IA voit le jour. Non comme une démonstration technologique, mais comme un espace d’expérimentation consacré à la création et à l’imaginaire.

 

Un dialogue plutôt qu’un simple bouton

 

Sur Utop-IA, l’intelligence artificielle ne travaille pas seule. Chaque projet commence par une intuition, une scène, un personnage, une image mentale ou une question. Hervé Besson engage ensuite un dialogue avec l’outil : il précise ses intentions, refuse certaines propositions, en développe d’autres et peut se laisser entraîner dans une direction qu’il n’avait pas envisagée.

 

Les textes sont relus, corrigés et parfois entièrement repris. Certains reposent plusieurs jours avant une nouvelle lecture. Lorsqu’une histoire ne fonctionne pas, elle peut être abandonnée ou recommencée depuis le début.

C’est ce qui s’est produit avec la série “Ce qui passe au-dessus du monde”. L’idée de départ mettait en scène une île suspendue, un mystérieux monde situé en dessous et un phénomène traversant le ciel sans que personne n’en comprenne la nature. Plusieurs épisodes avaient déjà été rédigés, mais l’ensemble manquait encore de profondeur.

 

Plutôt que de poursuivre, Hervé Besson et ChatGPT ont repris le projet à zéro. Cette seconde version a permis de mieux construire les personnages, de ralentir le récit et de donner davantage de cohérence physique et sociale à l’univers imaginé.

Même la réalisation des bandes-annonces conserve un côté artisanal. Les images, les textes et les apparitions sont notamment assemblés dans PowerPoint, puis ajustés jusqu’à obtenir le rythme recherché.

 

Plusieurs intelligences artificielles, plusieurs univers

 

ChatGPT, Claude, Gemini, DeepSeek, Le Chat de Mistral, Grok, Kimi et Perplexity participent aux différentes publications. Leurs contributions sont clairement mentionnées, selon une formule qui précise le nom de l’intelligence artificielle utilisée et la collaboration avec Morbius.

 

Au fil des projets, certaines associations se sont naturellement dessinées. Claude intervient par exemple dans des récits méditatifs ou liés à la mémoire, Gemini dans la création de mythologies et de mondes, DeepSeek dans les enquêtes ou les archives fictives, tandis que Grok apporte une énergie plus décalée à certaines histoires.

 

Il ne s’agit pas de présenter ces outils comme des personnalités conscientes ou de leur attribuer des spécialités définitives. Ces différences constituent plutôt des identités éditoriales, apparues progressivement au fil des échanges.

Plusieurs intelligences artificielles peuvent également intervenir sur un même univers. Dans Les Aventures de l’Ananké, un vaisseau réapparaît dix ans après sa disparition, vide et profondément transformé. Un nouvel équipage est alors envoyé aux frontières de l’espace connu afin de comprendre ce qui lui est arrivé.

 

La première saison a été écrite avec la participation de Gemini, Claude, DeepSeek et Grok. La cohérence de l’ensemble repose sur une bible de référence, des personnages stables et un important travail de relecture et d’arbitrage.


les aventures de l'ananké
LES AVENTURES DE L'ANANKÉ

 

Des récits qui questionnent aussi la technologie

 

Utop-IA ne propose pas uniquement une vision enthousiaste de l’intelligence artificielle. Plusieurs histoires interrogent au contraire ses conséquences sur la création, la mémoire et la place des auteurs.

Dans Le Dernier Conteur d’Histoires, imaginé avec Claude, les intelligences artificielles sont devenues capables de produire pour chaque individu une histoire parfaitement adaptée à ses goûts. Un vieil homme continue pourtant à raconter des récits à voix haute, défendant une parole imparfaite, mais vivante et partagée.

 

La Bibliothèque des Livres Inutiles, créée avec Gemini, imagine quant à elle une société dans laquelle chaque texte doit nécessairement informer, orienter ou apaiser. Un personnage y découvre des romans conservés, mais jamais lus. Une fiction devenue inutile aux yeux de la société et, pour cette raison même, peut-être indispensable.

 

Automatisation de la création, uniformisation des émotions, disparition progressive des auteurs ou perte de la mémoire collective : les récits deviennent ainsi une manière de mettre la technologie à distance et de réfléchir à ses limites.

 

De la poésie à l’absurde

 

L’univers d’Utop-IA ne se laisse toutefois pas enfermer dans un ton unique. Le projet peut passer d’une fiction cosmique à un récit introspectif, puis basculer dans un humour beaucoup plus décalé.

La rubrique WTF-IA présente par exemple un catalogue d’objets aussi sophistiqués qu’inutiles, parmi lesquels un “ presse-citron à révélations tardives “. La série ED’N : Le Gang de l’Aube Brûlante mélange, de son côté, space opera, satire et action autour d’un équipage d’antihéros poursuivi par une mégacorporation totalitaire.


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Cette diversité est nourrie par les nombreuses références accumulées par Hervé Besson au cours de sa vie : romans, bandes dessinées, encyclopédies, cinéma, séries, fanzines et cultures populaires. Car avant les textes générés et les images créées par ordinateur, il existe une bibliothèque bien humaine.

 

C’est sans doute là que se situe la particularité d’Utop-IA. Le projet ne prétend pas que la machine invente seule à partir de rien, pas plus qu’il ne réduit la participation humaine à une simple pression sur un bouton. Les œuvres naissent de la rencontre entre une mémoire culturelle, des outils génératifs et un travail éditorial mené dans la durée.

 

Après quarante ans passés à explorer les territoires de la science-fiction et du fantastique, Hervé Besson poursuit ainsi son rôle de passeur. Les technologies ont changé, mais sa démarche demeure : imaginer des mondes, les organiser et inviter les lecteurs à venir les parcourir. Sur Utop-IA, ces explorateurs portent désormais un nom : les Utopix.

 

Pour découvrir le projet  rendez-vous sur son blog : utopialeblog.blogspot.com


utop ia le blog

Merci à Hervé pour cette interview et nous avoir fait partager son univers !



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